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      §. 7. PH. Quant à l'existence reelle que j'avois compté pour
la quatrieme espece de convenance, qu'on peut remarquer dans les idées,
elle ne nous sauroit fournir aucun Axiome, car nous n'avons pas même
une connoissance demonstrative des Estres hors de nous, Dieu seul excepté.
      TH. On peut tousjours dire que cette Proposition: j'existe, est de
la derniere evidence, estant une proposition, qui ne sauroit estre prouvée
par aucune autre, ou bien une verité immediate. Et de dire: je
pense, donc je suis, ce n'est pas prouver proprement l'existence par
la pensée puisque penser et estre pensant est la même chose; et dire:
je suis pensant, est déja dire: je suis. Cependant vous pouvés exclure
cette proposition du nombre des Axiomes avec quelque raison, car c'est
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une proposition de fait, fondée sur une experience immediate et ce n'est
pas une proposition necessaire dont on voye la necessité dans le convenance
immediate des idées. Au contraire, il n'y a que Dieu qui voye,
comment ces deux termes, Moy et l'Existence, sont liés, c'est à dire
pourquoy j'existe. Mais si l'Axiome se prend plus generalement pour une
verité immediate ou non-prouvable, on peut dire que cette proposition:
je suis, est un axiome, et en tout cas on peut asseurer que c'est
une verité primitive ou bien unum ex primis cognitis inter
terminos complexos
, c'est à dire, que c'est une des Enonciations premieres
connues, ce qui s'entend dans l'ordre naturel de nos connoissances,
car il se peut qu'un homme n'ait jamais pensé à former expressement cette
proposition, qui luy est pourtant innée.
Leibniz NEs IV, 7, §7, 391-392