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      TH. Les verités primitives qu'on sait par intuition, sont de
deux sortes, comme les derivatives. Elles sont du nombre des verités
de raison ou des verités de fait. Les verités de raison sont necessaires,
et celles de fait sont contingentes. Les verités primitives de raison
sont celles, que j'appelle d'un nom general identiques, parcequ'il semble
qu'elles ne font que repeter la même chose, sans nous rien apprendre.
Elles sont affirmatives ou negatives. Les affirmatives sont comme les
suivantes: Chaque chose est ce qu'elle est, et dans autant
d'exemples qu'on voudra A est A, B est B. Je seray ce que je seray.
J'ay ecrit ce que j'ay ecrit. Et rien en vers comme en prose, c'est
estre rien ou peu de chose. Le rectangle equilateral est un
rectangle. L'animal raisonnable
est tousjours un animal. Et
dans les hypothetiques: Si la figure reguliere de quatre costés
est un rectangle equilateral, cette figure est un rectangle.

Les copulatives, des disjonctives, et autres propositions sont encor susceptibles
de cet identicisme, et je compte même parmy les affirmatives:
non-A est non-A. Et cette hypothetique: si A est non-B, il s'ensuit que
A est non-B. Item, si non-A est BC, il s'ensuit que non-A est BC. Si
une figure qui n'a point d'angle obtus peut estre un triangle
regulier; une figure, qui n'a point d'angle obtus peut estre
reguliere
. Je viens maintenant aux identiques Negatives qui sont ou
du principe de contradiction ou des disparates. Le principe
de contradiction est en general: une proposition est ou vraye ou
fausse
; ce qui renferme deux enonciations vrayes, l'une que le vray et
le faux ne sont point compatibles dans une même proposition, ou qu'une
proposition ne sauroit estre vraye et fausse à la fois;
l'autre
que l'opposé ou la negation du vray et du faux ne sont pas compatibles,
ou qu'il n'y a point de milieu entre le vray et le faux, ou bien: il ne
se peut pas qu'une proposition soit ny vraye ny fausse
. Or
tout cela est encor vray dans toutes les propositions imaginables en particulier,
comme ce qui est A ne sçauroit estre non-A. Item A B ne
sauroit estre non-A. Un rectangle equilateral ne sauroit estre non-rectangle.
Item il est vray que tout homme est un animal, donc il est faux que
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quelque homme se trouve qui ne soit pas un animal. On peut
varier ces enontiations de bien des façons, et les appliquer aux copulatives,
disjonctives et autres. Quant aux disparates, ce sont ces propositions
qui disent, que l'objet d'une idée n'est pas l'objet d'une autre
idée; comme, que la chaleur n'est pas la même chose que la
couleur
, item l'homme et l'animal n'est pas le même, quoyque
tout homme soit animal. Tout cela se peut asseurer independamment de
toute preuve ou de la reduction à l'opposition, ou au principe de contradiction,
lorsque ces idées sont assés entendues pour n'avoir point besoin
icy d'analyse; autrement on est sujet à se meprendre: car disant, le
triangle et le trilatere
n'est le même on se tromperoit, puisqu'en
le bien considerant, on trouve que les trois costés et les trois angles vont
tousjours ensemble. En disant, le rectangle quadrilatere et le
rectangle n'est pas le même
, on se tromperoit encor. Car il se
trouve que la seule figure à quatre costés peut avoir tous les angles
droits. Cependant on peut tousjours dire dans l'abstrait, que le triangle
n'est pas le trilatere
, ou que les raisons formelles du triangle et
du trilatere ne sont pas les mêmes, comme parlent les philosophes. Ce
sont de differens rapports d'une me~me chose.
Leibniz NEs IV, 2, §1, 343-344