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      §. 4. PH. Ce qui constitue l'unité (identité) d'une même plante, est
d'avoir une telle organisation de parties dans un seul corps, qui participe
à une commune vie, ce qui dure pendant que la plante subsiste, quoyqu'elle
change de parties.
      TH. [L'organisation ou configuration sans un principe de vie subsistant,
que j'appelle Monade, ne suffiroit pas pour faire demeurer idem
numero ou le même individu; car la configuration peut demeurer specifiquement,
sans demeurer individuellement. Lors qu'un fer à cheval se
change en cuivre dans une eau minerale de la Hongrie, la même figure
en espece demeure, mais non pas le même en individu; car le fer se
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dissout et le cuivre, dont l'eau est impregnée, se precipite et se met
insensiblement à la place. Or la figure est un accident, qui ne passe pas
d'un sujet à l'autre ( de subjecto in subjectum ). Ainsi il faut dire,
que les corps organisés aussi bien que d'autres ne demeurent les mêmes
qu'en apparence, et non pas en parlant avec rigueur. C'est à peu près
comme un fleuve qui change tousjours d'eau, ou comme le navire de Thesée
que les Atheniens reparoient tousjours. Mais quant aux Substances, qui
ont en elles une veritable et reelle Unité substantiellé à qui puissent
appartenir les actions vitales proprement dites, et quant aux Estres substantiels,
quae uno spiritu continentur , comme parle un ancien
jurisconsulte, c'est à dire qu'un certain esprit indivisible anime, on a raison
de dire qu'elles demeurent parfaitement le même individu par cette ame
ou cet esprit, qui fait le moy dans celles qui pensent.]
Leibniz NEs II, 27, §6, 214-215