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      §. 14. PH. Voyons maintenant si l'on ne pourroit point terminer la
question agitée depuis si long temps, mais qui est à mon avis fort deraisonnable,
puisqu'elle est inintelligible: Si la volonté de l'homme est libre ou non.
      TH. [On a grande raison de se recrier sur la manière étrange des
hommes qui se tourmentent en agitant des questions mal-conçues:
ils cherchent ce qu'ils savent, et ne savent pas ce qu'ils cherchent.]
      PH. La liberté, qui n'est qu'une puissance, appartient uniquement
à des agens et ne sauroit estre un attribut ou une modification de la volonté,
qui n'est elle même rien autre chose qu'une puissance.
      TH. [Vous avés raison, Monsieur, suivant la proprieté des Mots. Cependant
on peut excuser en quelque façon l'usage receu. C'est ainsi qu'on
a coustume d'attribuer la puissance à la chaleur ou à d'autres qualités,
c'est à dire au corps en tant qu'il a cette qualité; et de mème icy l'intention
est de demander si l'homme est libre en voulant.]
Leibniz NEs II, 21, §14, 165