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      §. 9. PH. Il est bon aussi de considerer, que personne ne s'est encor
avisé de prendre pour un Agent libre une balle, soit qu'elle soit en
mouvement après avoir esté poussée par une raquette ou qu'elle soit en
repos. C'est parce que nous ne concevons pas qu'une balle pense ny
qu'elle ait aucune volition, qui luy fasse preferer le mouvement au repos.
      TH. [Si libre estoit ce qui agit sans empechement, la balle estant
une fois en mouvement dans un horison uni seroit un agent libre. Mais
Aristote a déja bien remarqué que pour appeller les Actions libres, nous
demandons non seulement qu'elles soyent spontanées, mais encor qu'elles
soyent deliberées.]
      PH. C'est pourquoy nous regardons le mouvement ou le repos de la
balle sous l'idee d'une chose necessaire.
      TH. [L'appellation de necessaire demande autant de circonspection
que celle de libre. Cette verité conditionelle, savoir: supposé que la
balle soit en mouvement dans un horison uni sans empechement,
elle continuera le même mouvement
, peut passer pour
necessaire en quelque manière, quoyque dans le fonds cette consequence
ne soit pas entierement geometrique, n'estant que présomtive pour ainsi
dire et fondée sur la sagesse de Dieu qui ne change pas son influence
sans quelque raison, qu'on presumne ne se point trouver presentement;
mais cette proposition absolue: la balle que voicy, est maintenant
en mouvement dans ce plan, n'est qu'une verité contingente,
et en ce sens la balle est un agent contingent non libre
.]
Leibniz NEs II, 21, §9, 161