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      §. 6. PH. L'on dit communement que l'entendement et la volonté sont
deux facultés de l'Ame, terme assés commode si l'on s'en servoit comme
l'on devroit se servir de tous les mots, en prenant garde qu'ils ne fissent
naistre aucune confusion dans les pensées des hommes, comme je soubçonne
qu'il est arrivé icy dans l'ame. Et lorsqu'on nous dit, que la Volonté est
cette faculté superieure de l'ame, qui regle et ordonne toutes choses, qu'elle
est ou n'est pas libre, qu'elle determine les facultés inferieures, qu'elle suit
le dictamen de l'entendement; quoyque ces expressions puissent estre
entendues dans un sens clair et distinct, je crains pourtant qu'elles n'ayent
fait venir à plusieurs personnes l'idée confuse d'autant d'agens qui
agissent distinctement en nous.
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      TH. C'est une question qui a exercé les Ecoles depuis long temps,
s'il y a une distinction reelle entre l'Ame et ses facultés, et si une faculté
est distincte reellement de l'autre. Le Réaux ont dit qu'ouy, et les Nominaux
que non, et la même question a esté agitée sur la Realité de
plusieurs autres Estres abstraits, qui doivent suivre la même destinée.
Mais je ne pense pas qu'on ait besoin icy de decider cette question et de
s'enfoncer dans ces épines, quoyque je me souvienne qu'Episcopius l'a
trouvée de telle importance, qu'il a cru qu'on ne pourroit soutenir la liberté
de l'homme si les facultés de l'ame estoient des Estres réels. Cependant
quand elles seroient des Estres réels et distincts, elles ne sauroient passer
pour des Agens réels, qu'en parlant abusivement. Ce ne sont pas les
facultés ou qualités, qui agissent, mais les Substances par les facultés.
Leibniz NEs II, 21, §6, 159-160