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      §. 3. PH. L'idée de la puissance exprime quelque chose de Relatif.
Mais quelle idée avons nous de quelque sorte qu'elle soit, qui n'enferme
quelque relation? Nos idées de l'Etendue, de la durée, du Nombre, ne
contiennent-elles pas toutes en elles mêmes un secret rapport de parties?
La même chose se remarque d'une manière encor plus visible dans la figure
et le mouvement. Les qualités sensibles, que sont-elles que des puissances
de differens corps par rapport à nostre perception, et ne dependent-elles
pas en elles mêmes de la grosseur, de la figure, de la contexture et du
mouvement des parties? ce qui met une espece de rapport entr'elles.
Ainsi nostre idée de la puissance peut fort bien estre placée à mon avis
parmi les autres idées simples.
      TH. [Dans le fonds les idées dont on vient de faire le denombrement,
sont composées: celles des qualités sensibles ne tiennent leur rang parmy
les idées simples qu' à cause de nostre ignorance, et les autres qu'on connoist
distinctement, n'y gardent leur place que par indulgence, qu'il vaudroit
mieux ne point avoir. C'est à peu près comme à l'egard des Axiomes
vulgaires qui pourroient estre et qui meriteroient d'estre demonstrés parmy
les Theorèmes et qu'on laisse passer cependant pour Axiomes, comme si
c'estoient des verités primitives. Cette indulgence nuit plus qu'on ne pense.
Il est vray qu'on n'est pas tousjours en estat de s'en passer.]
Leibniz NEs II, 21, §3, 156