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      Dans la troisiéme Meditation, il me semble que i'ay expliqué assez
au long le principal argument dont ie me sers pour prouver l'existence
de Dieu. Toutesfois, afin que l'esprit du lecteur se pût plus
aisement abstraire des sens, ie n'ay point voulu me servir en ce lieu-là
d'aucunes comparaisons tirées des choses corporelles, si bien que peut-estre
il y est demeuré beaucoup d'obscuritez, lesquelles, comme i'espere,
seront entierement éclaircies dans les réponses que i'ay faites
aux objections qui m'ont depuis esté proposées. Comme, par exemple,
il est assez difficile d'entendre comment l'idée d'un estre souverainement
parfait, laquelle se trouve en nous, contient tant de realité objective,
c'est- à dire participe par representation à tant de degrez d'estre
et de perfection, qu'elle doive necessairement venir d'une cause souverainement
parfaite. Mais ie l'ay éclaircy dans ces réponses, par la comparaison
d'une machine fort artificielle, dont l'idée se rencontre dans
l'esprit de quelque ouvrier; car, comme l'artifice obiectif de cette idée
doit avoir quelque cause, à sçavoir la science de l'ouvrier, ou de
quelque autre duquel il l'ait aprise, de mesme il est impossible que l'idée
de Dieu, qui est en nous, n'ait pas Dieu mesme pour sa cause.

Descartes Meds 11