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article CXLI.
Du Desir, de la Ioye, et de la Tristesse.
Pour le Desir, il est evident que, lors qu'il procede
d'une vraye connoissance, il ne peut estre mauvais,
pourvû qu'il ne soit point excessif, et que cette connoissance
le regle. Il est evident aussi que la Ioye ne
peut manquer d'estre bonne, ny la Tristesse d'estre
mauvaise, au regard de l'ame: pource que c'est en la
derniere que consiste toute l'incommodité que l'ame
reçoit du mal, et en la premiere que consiste toute la
joüissance du bien qui luy appartient. De façon que si
nous n'avions point de corps, j'oserois dire que nous
ne pourrions trop nous abandonner à l'Amour et à la
Ioye, ny trop eviter la Haine et la Tristesse. Mais les
mouvemens corporels qui les accompagnent, peuvent
tous estre nuisibles à la santé, lors qu'ils sont fort violens;
et au contraire luy estre utiles, lors qu'ils ne sont
que moderez.

Descartes Pas 434