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article CIX.
En la Ioye.
Il est aussi quelquefois arrivé, au commencement de
nostre vie, que le sang contenu dans les veines estoit
un aliment assez convenable pour entretenir la chaleur
du coeur, et qu'elles en contenoient en telle quantité,
qu'il n'avoit point besoin de tirer aucune nourriture
d'ailleurs. Ce qui a excité en l'ame la passion de
la Ioye, et a fait en mesme temps que les orifices du
coeur se sont plus ouverts que de coustume, et que les
esprits, coulans abondamment du cerveau, non seulement
dans les nerfs qui servent à ouvrir ces orifices,
mais aussi generalement en tous les autres qui poussent
le sang des veines vers le coeur, empeschent qu'il
n'y en viene de nouveau du foye, de la rate, des intestins
et de l'estomac. C'est pourquoy ces mesmes mouvemens
accompagnent la Ioye.
Descartes Pas 409