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article LXXXI.
De la distinction qu'on a coustume de faire entre l'Amour
de concupiscence et de bienvueillancea.
Or on distingue communement deux sortes
d'Amour, l'une desquelles est nommée Amour de bienvueillance,
c'est à dire, qui incite à vouloir du bien à
ce qu'on aime; l'autre est nommée Amour de concupiscence,
c'est à dire, qui fait desirer la chose qu'on
aime. Mais il me semble que cette distinction regarde
seulement les effets de l'Amour, et non point son
essence. Car sitost qu'on s'est joint de volonté à quelque
objet, de quelle nature qu'il soit, on a pour luy de la
bienvueillance, c'est à dire on joint aussi à luy de volonté
les choses qu'on croit luy estre convenables: ce qui est
un des principaux effects de l'Amour. Et si on juge que
ce soit un bien de le posseder, ou d'estre associé avec
luy d'autre façon que de volonté, on le desire: ce qui
est aussi l'un des plus ordinaires effets de l'amour.

Descartes Pas 388