— 367 —
article XLIX.
Que la force de l'ame ne suffit pas sans
la connoissance de la verité.
Il est vray qu'il y a fort peu d'hommes si foibles et
irresolus, qu'ils ne vueillent rien que ce que leur passion
— 368 —
leur dicte. La plus part ont des jugemens determinez,
suivant lesquels ils reglent une partie de leurs
actions. Et bien que souvent ces jugemens soient faux,
et mesme fondez sur quelques passions, par lesquelles
la volonté s'est auparavant laissé vaincre ou seduire:
toutefois, à cause qu'elle continuë de les suivre, lors
que la passion qui les a causez est absente, on les peut
considerer comme ses propres armes, et penser que
les ames sont plus fortes ou plus foibles, à raison de
ce qu'elles peuvent plus ou moins suivre ces jugemens,
et resister aux passions presentes qui leur sont
contraires. Mais il y a pourtant grande difference entre
les resolutions qui procedent de quelque fausse opinion,
et celles qui ne sont appuïées que sur la connoissance
de la verité: d'autant que, si on suit ces
dernieres, on est asseuré de n'en avoir jamais de regret,
ni de repentir; au lieu qu'on en a tousjours d'avoir
suivi les premieres, lors qu'on en decouvre l'erreur.
Descartes Pas 367-368