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      La nature m'enseigne aussi par ces sentimens de douleur, de faim,
de soif, etc., que ie ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi
qu'un pilote en son navire, mais, outre cela, que ie luy suis conioint
tres-étroittement et tellement confondu et mestlé, que ie compose
comme un seul tout avec luy. Car, si cela n'estoit lorsque mon
corps est blessé, ie ne sentirois pas pour cela de la douleur, moy qui
ne suis qu'une chose qui pense, mais i'apercevrois cette blessure par
le seul entendement, comme un pilote apperçoit par la vuë si
quelque chose se rompt dans son vaisseau; et lorsque mon corps a
besoin de boire ou de manger, ie connoitrois simplement cela
mesme, sans en estre averty par des sentimens confus de faim et
de soif. Car en effcet tous ces sentimens de faim, de soif, de douleur,
etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses de penser,
qui proviennent et dependent de l'union et comme du mélange de
l'esprit avec le corps.
Descartes Meds 64