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Meditation Sixiéme.
De l'existence des choses materielles, et de la réelle distinction
entre l'ame et le corps de l'homme
.
      Il ne me reste plus maintenant qu'à examiner s'il y a des choses
materielles: et certes au moins sçay-je desia qu'il y en peut avoir,
en tant qu'on les considére comme l'obiet des demonstrations de
Geometrie, veu que de cette façon ie les conçoy fort clairement et
fort distinctement. Car il n'y a point de doute que Dieu n'ait la puissance
de produire toutes les choses que ie suis capable de concevoir
avec distinction; et ie n'ay iamais iugé qu'il luy fust impossible de
faire quelque chose, qu'alors que ie trouvois de la contradiction à la
pouvoir bien concevoir. De plus, la faculté d'imaginer qui est en
moy, et de laquelle ie voy par experience que ie me sers lorsque
ie m'applique à la consideration des choses materielles, est capable
de me persuader leur existence: car quand ie considere attentivement
ce que c'est que l'imagination, ie trouve qu'elle n'est autre chose
qu'une certaine application de la faculté qui connoist, au corps qui
luy est intimement present, et partant qui existe.
Descartes Meds 57