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Tant s'en faut,
c'est icy qu'il y a un sophisme caché sous l'apparence de cette objection:
car de ce que ie ne puis concevoir une montagne sans
valée, il ne s'ensuit pas qu'il y ait au monde aucune montagne, ny
aucune valée, mais seulement que la montagne et la valée, soit
qu'il y en ait, soit qu'il n'y en ait point, ne se peuvent en aucune
façon separer l'une d'avec l'autre; au lieu que, de cela seul que ie
ne puis concevoir Dieu sans existence, il s'ensuit que l'existence
est inseparable de luy, et partant qu'il existe veritablement: non
pas que ma pensée puisse faire que cela soit de la sorte, et qu'elle
impose aux choses aucune necessité; mais, au contraire, parce que
la necessité de la chose mesme, à sçavoir de l'existence de Dieu, determine
ma pensée à le concevoir de cette façon. Car il n'est pas en
ma liberté de concevoir un Dieu sans existence (c'est à dire un estre
souverainement parfait sans une souveraine perfection), comme il
m'est libre d'imaginer un cheval sans aisles ou avec des aisles.
Descartes Meds 53