— 52 —
cela ne paroisse pas d'abord entierement manifeste,
mais semble avoir quelque apparence de sophisme. Car ayant accoustumé
dans toutes les autres choses de faire distinction entre
l'existence et l'essence, ie me persuade aysement que l'existence peut
estre separée de l'essence de Dieu, et qu'ainsi on peut concevoir Dieu
comme n'estant pas actuellement. Mais neantmoins, lorsque i'y
pense avec plus d'attention, ie trouve manifestement que l'existence
ne peut non plus estre separée de l'essence de Dieu, que de
l'essence d'un triangle rectiligne la grandeur de ses trois angles
égaux à deux droits, ou bien de l'idée d'une montagne l'idée d'une
valée; en sorte qu'il n'y a pas moins de repugnance de concevoir
un Dieu (c'est à dire un estre souverainement parfait) auquel manque
l'existence (c'est à dire auquel manque quelque perfection), que de
concevoir une montagne qui n'ait point de valée.
Descartes Meds 52