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      Or maintenant, si de cela seul que ie puis tirer de ma pensée l'idée
de quelque chose, il s'ensuit que tout ce que ie reconnois clairement
et distinctement appartenir à cette chose, luy appartient en
effect, ne puis-je pas tirer de cecy un argument et une preuve demonstrative
de l'existence de Dieu? Il est certain que ie ne trouve
pas moins en moy son idée, c'est à dire l'idée d'un estre souverainement
parfait, que celle de quelque figure ou de quelque nombre
que ce soit. Et ie ne connois pas moins clairement et distinctement
qu'une actuelle et eternelle existence appartient à sa nature, que ie
connois que tout ce que ie puis demonstrer de quelque figure ou
de quelque nombre, appartient veritablement à la nature de cette
figure ou de ce nombre. Et partant, encore que tout ce que i'ay
conclu dans les Meditations precedentes, ne se trouvast point veritable,
l'existence de Dieu doit passer en mon esprit au moins pour
aussi certaine, que i'ay estimé iusques icy toutes les veritez des Mathematiques,
qui ne regardent que les nombres et les figures; bien
qu'à la vérité
Descartes Meds 52