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Et, d'autant que c'est en cela que consiste la plus
grande et principale perfection de l'homme, i'estime n'avoir pas
peu gagné par cette Meditation, que d'avoir découvert la cause
des faussetez et des erreurs.
      Et certes il n'y en peut avoir d'autre que celle que i'ay
expliquée; car toutes les fois que ie retiens tellement ma volonté
dans les bornes de ma connoissance, qu'elle ne fait aucun iugement
que des choses qui luy sont clairement et distinctement representées
par l'entendement, il ne se peut faire que ie me trompe; parce que
toute conception claire et distincte est sans doute quelque chose de
réel et de positif, et partant ne peut tirer son origine du néent, mais
doit necessairement avoir Dieu pour son auteur, Dieu, dis-je, qui,
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estant souverainement parfait, ne peut estre cause d'aucune erreur;
et par consequent il faut conclure qu'une telle conception ou un tel
iugement est veritable.
      Au reste ie n'ay pas seulement apris auiourd'huy ce que ie dois
éviter pour ne plus faillir, mais aussi ce que ie dois faire pour parvenir
à la connoissance de la verité. Car certainement i'y parviendray,
si i'arreste suffisamment mon attention sur toutes les choses
que ie concevray parfaitement, et si ie les separe des autres que ie
ne comprens qu'avec confusion et obscurité. A quoy doresnavant ie
prendray soigneusement garde.
Descartes Meds 49-50