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response
à la seconde lettre.

      Monsieur,
      Ie suis fort innocent de l'artifice, dont vous voulez
croyre que j'ay usé, pour empescher que la grande lettre
que vous m'aviez escrite l'an passé, ne soit publiée. Ie
n'ay eu aucun besoin d'en user. Car, outre que je ne
croy nullement qu'elle pûst produire l'effect que vous
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pretendez, je ne suis pas si enclin à l'oysiveté, que la
crainte du travail auquel je serois obligé pour examiner
plusieurs experiences, si j'avois receu du public la
commodité de les faire, puisse prevaloir au desir que
j'ay de m'instruire, et de mettre par escrit quelque
chose qui soit utile aux autres hommes. Ie ne puis
pas si bien m'excuser de la negligence dont vous me
blasmez. Car j'avoüe que j'ay esté plus long temps à
revoir le petit traité que je vous envoye, que je n'avois
esté cy-devant à le composer, et que neantmoins je
n'y ay adjousté que peu de choses, et n'ay rien changé
au discours, lequel est si simple et si bref, qu'il fera
connoistre que mon dessein n'a pas esté d'expliquer les
Passions en Orateur, ny mesme en Philosophe moral,
mais seulement en Physicien. Ainsi je prevoy que ce
traité n'aura pas meilleure fortune que mes autres
escrits; et bien que son titre convie peut estre davantage
de personnes à le lire, il n'y aura neantmoins que
ceux qui prendront la peine de l'examiner avez soin,
ausquels il puisse satisfaire. Tel qu'il est, je le mets
entre vos mains, &c.
D'Egmont, le 14 d'Aoust, 1649.
Descartes Pas 325-326