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      Or si ie m'abstiens de donner mon iugement sur une chose,
lorsque ie ne la conçoy pas avec assez de clarté et de distinction, il
est évident que i'en use fort bien, et que ie ne suis point trompé;
mais si ie me determine à la nier, ou asseurer, alors ie ne me sers
plus comme ie dois de mon libre arbitre; et si i'assure ce qui n'est
pas vray, il est evident que ie me trompe, mesme aussi, encore que
ie iuge selon la verité, cela n'arrive que par hazard, et ie ne laisse
pas de faillir, et d'user mal de mon libre arbitre; car la lumiere naturelle
nous enseigne que la connoissance de l'entendement doit
tousiours preceder la determination de la volonté. Et c'est dans ce
mauvais usage du libre arbitre, que se rencontre la privation qui
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constituë la forme de l'erreur. La privation, dis-je, se rencontre
dans l'operation, en tant qu'elle procede de moy; mais elle ne se
trouve pas dans la puissance que i'ay receuë de Dieu, ny mesme
dans l'opération, en tant qu'elle depend de luy.
Descartes Meds 47-48