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lettre seconde
à monsieur
des cartes
Monsieur,
Il y a si long temps que vous m'avez fait attendre vostre
traité des Passions, que je commence à ne le plus esperer, et
à m'imaginer que vous ne me l'aviez promis que pour m'empescher
de publier la lettre que je vous avois cy-devant
escrite. Car j'ay sujet de croire que vous seriez fasché,
qu'on vous ostast l'excuse que vous prenez pour ne point
achever vostre Physique: et mon dessein estoit de vous
l'oster par cette lettre: d'autant que les raisons que j'y
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avois deduites sont telles, qu'il ne me semble pas qu'elles
puissent estre leuës d'aucune personne, qui ait tant soit peu
l'honneur et la vertu en recommandation, qu'elles ne l'incitent
à desirer, comme moy, que vous obteniez du public
ce qui est requis pour les experiences que vous dites vous
estre necessaires: et j'esperois qu'elle tomberoit aysement
entre les mains de quelques uns qui auroient le pouvoir de
rendre ce desir efficace, soit à cause qu'ils ont de l'acces
aupres de ceux qui disposent des biens du public, soit à cause
qu'ils en disposent eux mesmes. Ainsi je me promettois
de faire en sorte que vous auriez, malgré vous, de l'exercice.
Car je sçay que vous avez tant de coeur, que vous ne voudriez
pas manquer de rendre avec usure ce qui vous seroit
donné en cette façon, et que cela vous feroit entierement
quiter la negligence, dont je ne puis à present m'abstenir
de vous accuser, bien que je sois, &c.

      Le 23 Iuillet, 1649.
Descartes Pas 324-325