— 46 —
      Par exemple, examinant ces iours passez si quelque chose existoit
dans le monde, et connoissant que, de cela seul que i'examinois
— 47 —
cette question, il suivoit tres-evidemment que i'existois moy-mesme,
ie ne pouvois pas m'empescher de iuger qu'une chose que ie concevois
si clairement estoit vraye, non que ie m'y trouvasse forcé par
aucune cause exterieure, mais seulement, parce que d'une grande
clarté qui estoit en mon entendement, a suivy une grande inclination
en ma volonté; et ie me suis porté à croire avec d'autant plus
de liberté, que ie me suis trouvé avec moins d'indifference. Au
contraire, à present ie ne connois pas seulement que i'existe, en tant
que ie suis quelque chose qui pense, mais il se presente aussi à mon
esprit une certaine idée de la nature corporelle: ce qui fait que ie
doute si cette nature qui pense, qui est en moy, ou plutost par laquelle
ie suis ce que ie suis, est differente de cette nature corporelle,
ou bien si toutes deux ne sont qu'une mesme chose. Et ie suppose icy
que ie ne connois encore aucune raison, qui me persuade plustost
l'un que l'autre: d'où il suit que ie suis entierement indifferent à le
nier, ou à l'assurer, ou bien mesme à m'abstenir d'en donner aucun
iugement.
Descartes Meds 46-47