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      De tout cecy ie reconnois que ny la puissance de vouloir, laquelle
i'ay receuë de Dieu, n'est point d'elle-mesme la cause de mes
erreurs, car elle est tres-ample et tres-parfaite en son espece; ny
aussi la puissance d'entendre ou de concevoir: car ne concevant
rien que par le moyen de cette puissance que Dieu m'a donnée
pour concevoir, sans doute que tout ce que ie conçoy, ie le conçoy
comme il faut, et il n'est pas possible qu'en cela ie me trompe.
D'où est-ce donc que naissent mes erreurs ? C'est à sçavoir, de cela
seul que, la volonté estant beaucoup plus ample et plus étenduë
que l'entendement, ie ne la contiens pas dans les mesmes limites,
mais que ie l'estens aussi aux choses que ie n'entens pas; ausquelles
estant de soy indifferente, elle s'égare fort aisement, et choisit le
mal pour le bien, ou le faux pour le vray. Ce qui fait que ie me
trompe et que ie peche.
Descartes Meds 46