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Car, afin que
ie sois libre, il n'est pas necessaire que ie sois indifferent à choisir
l'un ou l'autre des deux contraires; mais plutost, d'autant plus que
ie panche vers l'un, soit que ie connoisse evidemment que le bien
et le vray s'y rencontrent, soit que Dieu dispose ainsi l'interieur de
ma pensée, d'autant plus librement i'en fais choix et ie l'embrasse.
Et certes la grace divine et la connoissance naturelle, bien loin de
diminuer ma liberté, l'augmentent plustost, et la fortifient. De façon
que cette indifference que ie sens, lorsque ie ne suis point emporté
vers un costé plustost que vers un autre par le poids d'aucune raison,
est le plus bas degré de la liberté, et fait plutost paroistre un défaut
dans la connoissance, qu'une perfection dans la volonté, car si ie
connoissois tousiours clairement ce qui est vray et ce qui est bon, ie
ne serois iamais en peine de deliberer quel iugement et quel choix
ie devrois faire; et ainsi ie serois entierement libre, sans iamais
estre indifferent.
Descartes Meds 46