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      On ne peut pas feindre aussi que peut-estre plusieurs causes ont
ensemble concouru en partie à ma production, et que de l'une i'ay
receu l'idée d'une des perfections que i'attribuë à Dieu, et d'une
autre l'idée de quelque autre, en sorte que toutes ces perfections se
trouvent bien à la verité quelque part dans l'Univers, mais ne se
rencontrent pas toutes iointes et assemblées dans une seule qui soit
Dieu. Car, au contraire, l'unité, la simplicité, ou l'inseparabilité de
toutes les choses qui sont en Dieu, est une des principales perfections
que ie conçoy estre en luy; et certes l'idée de cette unité
et assemblage de toutes les perfections de Dieu, n'a peu estre mise
en moy par aucune cause, de qui ie n'aye point aussi receu les
idées de toutes les autres perfections. Car elle ne peut pas me les
avoir fait comprendre ensemblement iointes et inseparables, sans
avoir fait en sorte en mesme temps que ie sceusse ce qu'elles
estoient, et que ie les connusse toutes en quelque façon.
Descartes Meds 40