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Toutesfois,
en y regardant un peu de prez, ie reconnois que cela ne peut estre;
car, premierement, encore qu'il fust vray que ma connoissance acquist
tous les iours de nouveaux degrez de perfection, et qu'il y eust
en ma nature beaucoup de choses en puissance, qui n'y sont pas
encore actuellement, toutesfois tous ces avantages n'appartiennent
et n'approchent en aucune sorte de l'idée que i'ay de la Divinité,
dans laquelle rien ne se rencontre seulement en puissance, mais
tout y est actuellement et en effect. Et mesme n'est-ce pas un argument
infaillible et tres-certain d'imperfection en ma connoissance,
de ce qu'elle s'accroist peu à peu, et qu'elle s'augmente par degrez?
Davantage, encore que ma connoissance s'augmentast de plus en
plus, neantmoins ie ne laisse pas de concevoir qu'elle ne sçauroit
estre actuellement infinie, puisqu'elle n'arrivera iamais à un si haut
point de perfection, qu'elle ne soit encore capable d'acquerir
quelque plus grand accroissement. Mais ie conçoy Dieu actuellement
infiny en un si haut degré, qu'il ne se peut rien adjouster à la
souveraine perfection qu'il possede. Et enfin ie comprens fort bien
que l'estre objectif d'une idée ne peut estre produit par un estre qui
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existe seulement en puissance, lequel à proprement parler n'est rien,
mais seulement par un estre formel ou actuel.
Descartes Meds 37-38