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      Mais peut-estre aussi que ie suis quelque chose de plus que ie ne
m'imagine, et que toutes les perfections que i'attribue à la nature
d'un Dieu, sont en quelque façon en moy en puissance, quoy qu'elles
ne se produisent pas encore, et ne se facent point paroistre par leurs
actions. En effet i'experimente desia que ma connoissance s'augmente
et se perfectionne peu à peu, et ie ne voy rien qui la puisse
empescher de s'augmenter de plus en plus iusques à l'infiny; puis,
estant ainsi accreuë et perfectionnée, ie ne voy rien qui empesche
que ie ne puisse m'acquerir par son moyen toutes les autres perfections
de la nature Divine; et enfin il semble que la puissance que
i'ay pour l'acquisition de ces perfections, si elle est en moy, peut
estre capable d'y imprimer et d'y introduire leurs idées.
Descartes Meds 37