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Et pour ce qui regarde les idées des
choses corporelles, ie n'y reconnois rien de si grand ny de si excellent,
qui ne me semble pouvoir venir de moy-mesme; car, si ie les
considere de plus prés, et si ie les examine de la mesme façon que
i'examinay hier l'idée de la cire, ie trouve qu'il ne s'y rencontre
que fort peu de chose que ie conçoive clairement et distinctement:
à sçavoir, la grandeur ou bien l'extension en longueur, largeur et
profondeur; la figure qui est formée par les termes et les bornes de
cette extension; la situation que les corps diversement figurez gardent
entr'eux; et le mouvement ou le changement de cette situation;
ausquelles on peut adjouter la substance, la durée, et le nombre.
Quant aux autres choses, comme la lumiere, les couleurs, les sons,
les odeurs, les saveurs, la chaleur, le froid, et les autres qualitez
qui tombent sous l'attouchement, elles se rencontrent dans ma
pensée avec tant d'obscurité et de confusion, que i'ignore mesme si
elles sont veritables, ou fausses et seulement apparentes, c'est à dire
si les idées que ie conçoy de ces qualitez, sont en effet les idées de
quelques choses réelles, ou bien si elles ne me representent que des
estres chymeriques, qui ne peuvent exister. [>]
Descartes Meds 34