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      Toutesfois i'ay receu et admis cy-devant plusieurs choses comme
tres-certaines et tres-manifestes, lesquelles neantmoins i'ay reconnu
par apres estre douteuses et incertaines. Quelles estoient donc
ces choses-là? C'estoit la Terre, le Ciel, les Astres, et toutes les
autres choses que i'appercevois par l'entremise de mes sens. Or
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qu'est-ce que ie concevois clairement et distinctement en elles ? Certes
rien autre chose sinon que les idées ou les pensées de ces choses se
presentoient à mon esprit. Et encore à present ie ne nie pas que ces
idées ne se rencontrent en moy. Mais il y avoit encore une autre
chose que i'assurois, et qu'à cause de l'habitude que i'avois à la
croire, ie pensois appercevoir tres-clairement, quoy que veritablement
ie ne l'apperceusse point, à sçavoir qu'il y avoit des choses
hors de moy, d'où procedoient ces idées, et ausquelles elles estoient
tout à fait semblables. Et c'estoit en cela que ie me trompois; ou, si
peut-estre ie iugeois selon la verité, ce n'estoit aucune connoissance
que i'eusse, qui fust cause de la verité de mon iugement.
Descartes Meds 27-28