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Certes ce n'est pas peu si toutes ces choses apartiennent
à ma nature. Mais pourquoy n'y apartiendroient-elles pas? Ne
suis-ie pas encore ce mesme qui doute presque de tout, qui neantmoins
entens et conçoy certaines choses, qui assure et affirme
celles-là seules estre veritables, qui nie toutes les autres, qui veux et
desire d'en connoistre davantage, qui ne veux pas estre trompé, qui
imagine beaucoup de choses, mesme quelquefois en dépit que i'en
aye, et qui en sens aussi beaucoup, comme par l'entremise des organes
du corps? Y a-t-il rien de tout cela qui ne soit aussi veritable
qu'il est certain que ie suis, et que i'existe, quand mesme ie dormirois
toûjours, et que celuy qui m'a donné l'estre se serviroit de toutes
ses forces pour m'abuser? Y a-t-il aussi aucun de ces attributs qui
puisse estre distingué de ma pensée, ou qu'on puisse dire estre separé
de moy-mesme? Car il est de soy si evident que c'est moy qui doute,
qui entens, et qui desire, qu'il n'est pas icy besoin de rien adjouster
pour l'expliquer. [>]
Descartes Meds 22