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I'ay toûjours estimé que ces deux questions, de Dieu
et de l'ame, estoient les principales de celles qui doivent plustost
estre demonstrées par les raisons de la Philosophie que de la Theologie:
car bien qu'il nous suffise, à nous autres qui sommes fideles,
de croire par la Foy qu'il y a un Dieu, et que l'ame humaine ne
meurt point avec le corps; certainement il ne semble pas possible de
pouvoir iamais persuader aux Infidelles aucune Religion, ny quasi
mesme aucune vertu Morale, si premierement on ne leur prouve
ces deux choses par raison naturelle. Et d'autant qu'on propose
souvent en cette vie de plus grandes recompenses pour les vices que
pour les vertus, peu de personnes prefereroient le iuste à l'utile, si
elles n'estoient retenuës, ny par la crainte de Dieu, ny par l'attente
d'une autre vie. Et quoy qu'il soit absolument vray, qu'il faut croire
qu'il y a un Dieu, parce qu'il est ainsi enseigné dans les Saintes
Escritures, et d'autre part qu'il faut croire les Saintes Escritures,
parce qu'elles viennent de Dieu; et cela pource que, la Foy estant
un don de Dieu, celuy-là mesme qui donne la grace pour faire croire
les autres choses, la peut aussi donner pour nous faire croire qu'il
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existe: on ne sçauroit neantmoins proposer cela aux Infidelles, qui
pourroient s'imaginer que l'on commettroit en cecy la faute que
les Logiciens nomment un Cercle.
      Et de vray, j'ay pris garde que vous autres, Messieurs, avec tous
les Theologiens, n'asseuriez pas seulement que l'existence de Dieu
se peut prouver par raison naturelle, mais aussi que l'on infere de la
Sainte Escriture, que sa connoissance est beaucoup plus claire que
celle que l'on a de plusieurs choses creées, et qu'en effet elle est si
facile que ceux qui ne l'ont point sont coupables.
Descartes Meds 4-5